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La coupure Internet au Cameroun coûte très cher !

Thursday 2 February 2017

Depuis le 17 janvier 2017, les populations résidant dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest du Cameroun sont totalement privées d’Internet. La coupure d’accès à la bande passante internationale est intervenue dans ces deux régions, théâtre de manifestations depuis le mois de Novembre 2016.

Bien qu’aucune annonce officielle ne nous soit parvenue à ce jour, Internet Sans Frontières a obtenu la confirmation que les principaux opérateurs de télécommunications ont reçu l’ordre du gouvernement de couper la connexion dans deux « localités précises du Cameroun », en raison de menaces alléguées sur la sécurité nationale.

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République du Cameroun, à la Ministre des postes et des télécommunications, et au Ministre de la Communication, de nombreuses organisations de la société civile, dont Internet Sans Frontières, Access Now, The World Wide Foundation, ou encore Pen International demandent à l’État camerounais de respecter ses engagements internationaux, et de rétablir la connexion Internet sur l’ensemble du territoire camerounais. Le Global Network inititiative – Initiative pour un réseau global (ndlr), qui regroupe entreprises du numérique, opérateurs de télécommunications, société civile, et monde académique pour la protection de la liberté d’expression et de la vie privée en ligne – s’est dit concerné par les restrictions d’accès à Internet ordonnée par le Gouvernement.

Violation des Droits Humains

Dans leur lettre ouverte, les organisations rappellent que l’ONU condamne les coupures volontaires du réseau Internet, de telles pratiques violent les droits et les libertés fondamentales consacrés par les textes de l’ONU, en particulier la liberté d’expression. En outre, en coupant la circulation de l’information, l’atteinte à l’intégrité physique des citoyens, ou les arrestations arbitraires, deviennent possibles sans crainte de regard extérieur.

Au Cameroun, depuis la coupure Internet, avocats, juges à la Cour suprême, manifestants sont arrêtés et traduits devant le tribunal militaire, accusés de terrorisme. Le Cameroun, en guerre contre Boko Haram, a adopté une loi Anti-terroriste, dont certaines organisations de la société civile et partis politiques d’opposition craignent qu’elle ne soit instrumentalisée aux fins de taire la dissidence politique.

Conséquences économiques lourdes

La coupure Internet qui affecte les régions anglophones du Cameroun a également des conséquences sur le plan économique : établissements bancaires et agences de transfert d’argent fermés, entrepreneurs bloqués, une partie importante de l’activité économique est aux arrêts depuis 15 jours.

Plus inquiétant, la capitale du Sud ouest du Cameroun est Buéa, la Silicon Mountain, où de nombreuses PME se sont développées grâce au numérique, et contribuent grandement au développement d’une économie numérique, appelée de ses propres voeux par le président de la République Paul Biya, lors de son message à la jeunesse du 11 février 2016.

Ordonner la coupure d’Internet revient à empêcher le développement de cette économie numérique, et plus globalement l’économie nationale.

Consciente de cet enjeu majeur, des organismes publics et privés ont développé des méthodologies permettant de calculer le coût des coupures volontaires du réseau Internet. En décembre 2016, Internet Sans Frontières calculait le coût de la coupure d’accès aux réseaux sociaux, pendant six mois au Tchad, en se fondant sur la méthode de calcul proposée par l’Institution Brookings.

Pour le Cameroun, avec l’aide de l’organisation Access Now, nous avons estimé le coût de la coupure Internet intervenue depuis le 17 janvier 2017 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en utilisant la méthodologie proposée par l’organisation Global Network Initiative et la société d’audit Deloitte, qui s’appuie notamment sur l’impact de l’usage de la bande passante, et la vitesse de cette dernière, sur l’économie d’un pays.

Selon nos estimations, ces 15 derniers jours, la coupure Internet dans les régions anglophones du Cameroun a coûté 723000 dollars, soit 675 000 euros, ou 443 000 000 fcfa.

Dans son rapport publié avec lepage 6, Déloitte précise que :

Les perturbations du réseau récurrentes, ou sur des longues durées, affectent la productivité. Elles augmentent l’incertitude chez les entreprises, et force ces dernières à opter pour des modèles économiques moins optimaux, ou des fournisseurs plus chers qui ne seront pas affectés en cas de perturbation de la connectivité. En réponse à cette incertitude, les entreprises peuvent réduire leurs investissements et faire face à des coûts plus elevés. Le chiffre estimé ci-dessus ne cessera d’augmenter, tant que l’ordre de maintenir les régions du Nord ouest et du Sud Ouest coupé d’Internet sera en vigueur.

Madame le Ministre des postes et Télécommunications du Cameroun, qui a reçu le mardi 31 janvier 2017 les jeunes proteurs de projets numériques, mesure l’importance d’Internet pour une économie prospère.

Internet Sans Frontières demande à l’État camerounais d’ordonner le retour de la connexion Internet sur l’ensemble du territoire camerounais, de toute urgence.

Une campagne citoyenne d’envoi de messages au gouvernement camerounais est en cours, plus d’informations ici.

Par JULIE OWONO Dans AFRIQUE, CAMPAGNE, CENSURE INTERNET, COMMUNIQUÉ DE PRESSE

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